Golnaz Payani est désormais entrée dans une phase épidermique où se mêlent les rôles de sculptrice, chirurgienne et embaumeuse.
— Morad Montazami
PARIS-B est heureuse d’annoncer une exposition personnelle de l’artiste franco-iranienne Golnaz Payani. Réunissant une série d’œuvres textiles monumentales, À effleurer, se rompre explore la persistance de la mémoire à travers la disparition de la matière.
En occupant un espace où la disparition et la présence se rejoignent, Golnaz Payani transforme la vulnérabilité de la matière en un geste de résistance silencieuse.
À travers À effleurer, se rompre, l’artiste parvient à matérialiser l’impalpable, transformant le vide en volume et le silence en parole.
Cette exposition, intitulée « À effleurer, se rompre », présente une série d’œuvres monumentales qui ont profondément marqué les esprits lors de leur présentation à la Chapelle Jeanne d’Arc de Thouars.
Dans ces œuvres, l’acte de défaire le tissage occupe une place centrale. À travers un processus méticuleux de soustraction, Golnaz Payani retire des fils jusqu’à ce que la structure même du textile commence à vaciller. En dépouillant le tissu de sa fonction première, qu’il s’agisse de couvrir ou d’orner, elle en expose la fragilité inhérente : le tissu perd son motif et son utilité pratique, mais conserve sa mémoire. Ce processus laborieux, presque sacrificiel, transforme le textile en une révélation symbolique, où l’opacité cède la place à une délicate transparence qui laisse circuler la lumière et le regard, transformant la fibre en quelque chose d’éthéré.
Les œuvres de Golnaz Payani occupent l’espace de la galerie telles des mues textiles, des peaux architecturales portant l’empreinte d’un corps désormais absent. Suspendues et diaphanes, elles réagissent au moindre souffle d’air, soulignant la frontière poreuse entre l’œuvre d’art et l’environnement. Dans ce souffle frissonnant, pris entre le désir de toucher et la crainte de briser, une vibration hante l’exposition, soulignant l’ambiguïté de ces pièces qui habitent l’espace comme des présences spectrales, dont la persistance même semble ne tenir qu’à un fil. Elles agissent comme un second corps, une interface sensible où les fils restants tracent une identité définie par ses vides.
Le travail de Golnaz Payani se déploie à travers une pluralité de médiums ; sculpture, installation, film, performance et poésie, tous reliés par une interrogation commune sur la trace et la limite du visible. Marquée par son enfance à Téhéran durant la guerre Iran-Irak et par son expérience du voile imposé à l’adolescence, l’artiste a transformé son rapport au textile : d’abord objet de jeu, puis symbole d’oppression, il est devenu dans sa pratique un médium de libération.
Pour Golnaz Payani, l’art consiste à donner une forme tangible aux absences et aux silences hérités. Son travail ne se contente pas de documenter le passé ; il confère une autonomie à ce qui a disparu. Elle transforme les espaces d’exposition en lieux de contemplation, où les gestes des mains et la symbolique des couleurs deviennent un langage capable de préserver l’essence de souvenirs autrement voués à l’oubli.
Après la peau, le temps s’arrête.
Sans elle, tout s’effondre.
Plus rien ne tient droit,
Plus rien ne s’y agrippe.
Après la peau, il n’y a plus personne.
Ni moi, ni toi, il ne reste qu’un amas de chair.
Après la peau, qui fera la différence ?
Après la peau, il faut accepter la défaite.
— Golnaz Payani
On pourrait dire que Golnaz Payani fait désormais de la peau, ou de l’outre-peau (comme on parle de l’outre-tombe), une question de vie ou de mort… des formes, de leur mémoire et de leur action dans le réel […]. Aussi est-il symptomatique que d’un travail sur le détissage/décadrage du tableau, de la tapisserie, de la broderie – autant d’espaces délimités, hérités du système des Beaux-arts – elle soit passée au dépeçage du corps et de sa peau, tiraillés par l’obsession de sonder leurs propres entrailles.
— Morad Montazami
Catalogue d'œuvres
Née à Téhéran en 1986, Golnaz Payani est diplômée de la Faculté d’Art et d’Architecture de Téhéran ainsi que de l’École d’art de Clermont-Ferrand (DNSEP, 2013). Artiste pluridisciplinaire, son travail a été exposé dans de nombreuses institutions en France et à l’étranger, notamment à la Chapelle Jeanne d’Arc de Thouars. Son parcours, marqué par son installation en France en 2009, témoigne d’une quête constante pour rendre palpable l’immatériel. Elle vit et travaille entre Paris et Madrid.






















